Ouvrir dans le navigateur L'été de la surveillance – la malédiction de l’intelligence – la fin de la sérendipité – votre newsletter préférée est de retour avec des dizaines d'infos incroyablement zinzins (mais vraies) sur le flippant (mais fabuleux) monde de la tech… Let's go ! TOUT D’ABORD… Salut tout le monde ! Alors, prêts pour les vacances ? Peut-être que cet été sera l’occasion d’apprendre les nouvelles règles de politesse, de mettre fin à notre addiction aux algorithmes et, pourquoi pas, d’interdire définitivement à nos enfants d’utiliser les outils qui nous ont tous rendus accros (comme le fait Peter Thiel, qui sait visiblement de quoi il parle). Un beau programme !
En attendant de changer de vie (ou de scroller à nouveau au bout de trois jours), voici une petite sélection de news bien croustillantes pour bien finir la semaine… Allez, c’est parti ! 1/ Vous connaissez le concept de la « malédiction des ressources naturelles » ? Dans certains pays riches en pétrole, en gaz ou en minerais, l’exploitation de ces ressources a, paradoxalement, affaibli la démocratie et les services publics : lorsque la richesse d’un État dépend moins du travail et des impôts, celui-ci a aussi moins intérêt à investir dans… sa population. Théorisé il y a plus de 30 ans par l’économiste britannique Richard Auty, ce paradoxe pourrait désormais s’appliquer à une nouvelle ressource : l’intelligence artificielle. Imaginez une économie où une part croissante de la richesse est produite par une poignée d’entreprises d’IA, des data centers et des armées de GPU, plutôt que par des millions de personnes qui travaillent, consomment et paient des impôts.
Que se passe-t-il lorsque les humains cessent petit à petit d’être indispensables à la création de richesse d’un pays ? C’est là que l’hypothèse devient légèrement effrayante : la question n’est plus tellement de savoir si l’IA va « prendre votre travail », mais si les gouvernements auront encore un intérêt économique à investir dans votre éducation, votre santé ou votre bien-être. Un scénario qui, vu de chez nous, peut sembler pour l’instant assez hypothétique, mais dont on aperçoit déjà les prémices aux États-Unis : selon la Fed de Saint-Louis, les catégories d’investissement associées à l’IA ont représenté près de 39% de la croissance du PIB américain sur les neuf premiers mois de 2025, dépassant même la contribution des investissements IT au sommet de la bulle Internet. Dans une récente interview accordée à Fast Company, le repenti de la tech Tristan Harris pousse le raisonnement encore plus loin : « contrairement à la Révolution industrielle, où un syndicat pouvait se mobiliser et négocier, dans cette nouvelle économie, quel pouvoir avons-nous ? Les États n’ont plus besoin de nous pour leurs recettes fiscales, et les entreprises n’ont plus besoin de notre travail, puisque celui-ci est fourni par l’IA… ».
Autrement dit, si l’automatisation pose la question de nos emplois, la « malédiction de l’intelligence » interroge notre pouvoir dans une économie qui n’aurait plus besoin de notre contribution – et des choix politiques à faire pour éviter d’en arriver là. Ce qui, vu l’intérêt de notre personnel politique pour le sujet et son approche très approximative de la question (parfois abordée uniquement sous l’angle de la réduction du nombre de fonctionnaires), peut (un peu) faire flipper. Quand même. 2/ Vous souvenez-vous de cette époque lointaine où, pour trouver une information sur Internet, il fallait… chercher ? Taper quelques mots sur Google, ouvrir trois onglets, tomber sur un article qui n’avait qu’un vague rapport avec le sujet, cliquer sur un lien, puis un autre, et finir quarante minutes plus tard à lire la page Wikipédia d’un obscur physicien hongrois dont on ignorait jusqu’alors l’existence.
Une époque bientôt révolue ? Aux États-Unis, plus de 60% des recherches Google se terminent désormais sans que l’utilisateur clique sur le moindre lien, une tendance largement accélérée par l’apparition des résumés générés par IA. Et avec ChatGPT, Claude ou n’importe quelle autre IA générative, c’est encore plus radical : on pose une question, on obtient une réponse. Fin de l’histoire. Dans une tribune passionnante publiée dans le New York Times, la neuroscientifique Anne-Laure Le Cunff s’inquiète des conséquences de cette formidable efficacité sur une faculté assez essentielle de notre cerveau : la curiosité.
Des chercheurs ont en effet découvert que lorsque nous attendons la réponse à une question qui nous intrigue, notre cerveau entre dans un état de réceptivité accrue : les circuits de la récompense s’activent et nous mémorisons même mieux les informations rencontrées par hasard pendant ce laps de temps. Problème : en nous donnant la réponse en trois secondes, l’IA referme cette « fenêtre de curiosité » presque aussitôt qu’elle l’a ouverte. Exit les détours, les digressions et les découvertes accidentelles – ce que les chercheurs appellent « l’apprentissage incident » – qui permettent parfois de connecter deux idées qui n’avaient, a priori, rien à voir. Or, l’histoire des sciences est justement remplie de découvertes de ce genre : Le Cunff rappelle l’anecdote croustillante de Penzias et Wilson, deux physiciens cherchant à comprendre l’origine d’un mystérieux bruit parasite capté par leur antenne… qui ont découvert l’une des principales preuves de la théorie du Big Bang ! Il y a évidemment moult autres exemples, de l’invention du micro-ondes à celle du Viagra en passant par l’aspartame… En réduisant la « friction » qui existe entre une question et sa réponse, on réduit drastiquement les possibilités de sérendipité, de découvertes fortuites, de chemins de traverse… Bref : de ce qui fait que nous trouvons, parfois, des réponses à des questions avant même de les avoir formulées.
3/ Youpi, l’été de la surveillance est là !